Le train

Le train

Le train est parti ce matin. L’aube vient à peine de lancer des lueurs et les silhouettes des maisons commencent à se détacher. La grande plaine plate déroule un long tapis pour inviter la locomotive à courir encore plus vite jusqu’à la prochaine gare.

Mais avant de partir, un sentiment de frustration m’avait saisi comme avant chaque départ. Pourquoi partir au loin ? Pourquoi abandonner tout ce que j’ai aimé dans le lieu ? Comment est-ce que l’endroit va vivre sans moi ? Est-ce donc bien raisonnable de s’agiter à courir le monde ?

Le sentiment disparaît une fois que le voyage a commencé. Les nouveaux paysages se chargent de me distraire. Il faut aussi trouver son chemin, être attentif aux horaires, s’inquiéter des repas, du temps qu’il va faire. Le plaisir de nouvelles découvertes a maintenant pris le dessus. Les soucis sont rangés au fond de l’inconscient et de nouvelles émotions me donnent une nouvelle jeunesse.

Les paysages défilent. Les campagnes changent de couleur et les bois rompent la monotonie des vastes champs de céréales. Quelques étendues d’eau accrochent le regard. Une belle maison se retrouve aux premières loges devant la ligne à très grande vitesse. Si je peux admirer la prestance du bâtiment, les occupants de la belle maison si près de la voie apprécient peut-être moins mon passage trop rapide. J’ai une pensée pour tous les riverains du rail à qui on impose les bruits du train à toute heure de la journée.

Des éoliennes agitent leurs bras pour me saluer. Un avion double le train pour atterrir un peu plus loin. Les lignes électriques rythment les cadences. Quand un autre train nous croise à très grande vitesse, le souffle secoue mon wagon.

Parfois, une décharge casse le charme et est une gifle à la beauté des paysages. De même pour une épaisse fumée qui s’échappe d’une cheminée d’usine et d’une grande chaufferie. Ou d’un campement de nomades installés entre les rails et la route qui heurte aussi cette harmonie.

Mon voisin remarque l’humidité des champs. Il sait certainement aussi reconnaître les différentes cultures. Quelques vaches me regardent avec indifférence. Quelques chevaux se mêlent aussi au paysage. Je peux aussi suivre le vol de corbeaux.

Déjà, la grande ville se rapproche. Les routes et les ponts s’enchevêtrent. Le train ralentit et finit par entrer en gare. Une voix féminine susurre quelques recommandations sur la descente des marches et sur les bagages qu’il ne faut pas oublier. Certains voyageurs se précipitent pour être les premiers sur le quai. D’autres trainent comme pour prolonger le voyage.

Parfois le trajet n’est pas terminé. Un autre train, un bus, un avion attend pour m’emmener encore plus loin et me donner l’occasion d’admirer encore d’autres paysages.

L’envie de rester est maintenant bien oubliée. Ce serait plutôt la fin du voyage qui serait redoutée avec le retour aux habitudes. Promis, je repartirai voir le monde, découvrir les pays et les gens de toutes les nationalités.

François Kammerer

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